___Maaïa, il est l'heure de te lever! cria ma mère en bas de l'escalier.
___Je poussai un soupir puis me levai à contrecoeur. Je saisis les vêtements qui me vinrent sous la main et m'habillai. J'entendis un léger "ting" et ma radio s'alluma : "Une émeute s'est formée devant la maison blanche à 5 heures ce matin. On présume que ce serait le J&S qui aurait lancé cette manifestation. Hier, le gouvernement a décidé qu'il fallait prendre des mesures [...]". Je coupai la radio. Et dire que les gens ne savaient même pas ce que ça voulait dire. J&S. Pour eux, c'était juste une bande de terroristes sans coeur. Moi j'avais fait des recherches avant de porter un jugement trop hâtif. Je savais ce que ça voulait dire. J&S. Justice & Solidarity.
___- Dépêche-toi, reprit ma mère.
___Je terminai de m'apprêter et m'attachai les cheveux. Ca m'évitait de trop lui ressembler. Je n'aimais pas lui ressembler. A elle. A ma mère. J'avais déjà fait une coloration de cheveux en rouge pétant. Mais maintenant ma couleur blonde commençait à refaire surface et je les attachai pour qu'on ne puisse pas voir que j'avais des cheveux bouclés comme elle. Je cachai mes yeux bleus derrières des lentilles brunes et me maquillai sans mettre quoi que ce soit en commun avec elle. Elle se maquillai souvent dans les tons rouge-mauve. Je me maquillai dans des tons plus clairs et plus doux. A la fin, personne n'aurait pu dire qu'on était mère et fille.
___Je descendis les escaliers et entrai dans la cuisine. Rien à dire à part que je vivais dans une maison -'fin, plus un palace qu'une maison en fait- de bourge. Avec une chambre dix fois trop grande et une cuisine pour 20 personnes alors qu'on n'était que 2 à y vivre et que lorsqu'on recevait des invités, ils n'étaient pas plus d'une dizaine. Et de toute façon, dans ce cas-là, on allait dans la salle à manger de 40 personnes. Ma mère avait un don inné pour impressionner les gens.
___Justement, en parlant d'elle, la voilà qui revenait du salon. Elle portait un tailleur mauve très élégant et ses cheveux tombait jusqu'à sa nuque. Je devais avouer et même maintenant avec le recul je l'avouerait encore, qu'elle était très belle, très soignée, et qu'elle avait un air très avenant. Mais pour qui la connaissait vraiment bien -moi par exemple- , on savait que ce n'était que pour plaire. Pas plaire dans le sens de la drague (ma mère aurait jamais su se retrouver un copain après la mort de mon père) mais plutôt pour avoir l'air franche et véridique. Faut préciser qu'elle travaillait comme présentatrice d'une émission sur le gouvernement où elle était chargée de rassurer tout le monde comme quoi tout le monde était beau et gentil. Logique qu'elle aie du dire ça, c'était le gouvernement qui dirigeait aussi les médias.
___Elle s'approcha de moi pour me faire la bise mais je pris soin de l'éviter discrètement.
___- Je t'ai fait des oeufs et du bacon, me dit-elle gentiment.
___- Merci, répondis-je d'un air détaché.
___Je m'assis et commençai à manger. Je réfléchis à la meilleure façon dont je pourrait faire enrager ma mère tout en pensant à autre chose. Ma mère s'assit à côté de moi et prit un journal qui traînait là.
___- Nous sommes le premier septembre aujourd'hui, Maaïa. C'est la rentrée.
___Elle venait d'énoncer à haute voix ce que je pensais et en même temps de me donner l'occasion de la faire enrager.
___- Ah ouais? Et qu'est-ce que j'en ai à fiche, répondis-je nonchalamment.
___- Maaïa! Aurais-tu l'intention d'arrêter l'école?!
___Voilà, mission réussie, elle était devenue toute rouge. Je ne pus empêcher un rire sarcastique de traverser mes lèvres.
___- De toute façon, qu'est-ce que ça peut te faire? Tu t'en fiche que j'y aille ou pas.
___- Non, je ne m'en fiche pas. J'ai toujours voulu que tu ailles à l'école.
___- C'est pour ça que t'as déjà oublié dix fois mon anniversaire.
___- Quel est le rapport?
___- T'es tellement préoccupée par ma rentrée depuis la mort de papa que t'en a oublié que c'est ce jour la mon anniversaire, m'man. Eh oui! ajoutai-je en me levant. Ta fille a 15 ans, aujourd'hui!
___Je sortis de la maison d'un pas décidé et m'assis sur le banc à quelques mètres plus loin. Je me retournai et vis le garage. Je vis ma mère. Elle était plus jeune. Et il y avait mon père aussi. Il allait entrer dans la voiture mais ma mère le suppliait de rester. Elle était à genoux. Mon père la releva et l'embrassa. Il mit le moteur en route et partit. Ma mère se laissa tomber puis je me vis. J'étais toute petite. 5 ans. J'avais mon Mr. Todd dans les bras. Je ressemblais énormément à ma mère. Mes cheveux étaient lâchés et deux petites barrettes mauves les retenaient derrière mes oreilles. Je portais une petite robe blanche avec un petit ruban rose autour de la taille. Je m'approchai de ma mère et me blottis dans ses bras. Sans m'en rendre compte, j'avais versé quelques larmes. Elles avaient séchées sur mes joues. Une main se posa sur mon épaule et je me retournai en sursaut.
___- Pourquoi pleures-tu, Maaïa? me demanda ma mère.
___Je reniflai un bon coup et étoufai mes derniers sanglots.
___- Pour rien, m'man, pour rien du tout.
___- Ce n'est pas ma faute j'espère.
___- Non, m'man, t'as rien à voir avec ça.
___- Euh... Maaïa, je suis vraiment désolée d'avoir oublié.
___- Pas grave, je m'y habitue à la fin.
___Un silence prit place. Un silence froid, glacial même. Il faut croire qu'il commençait à prendre trop de place car ma mère le brisa.
___- Pour l'école, tu...
___- Je rigolais, m'man. J'vais prendre le bus pour y aller.
___- T'es sûre? Tu ne veux pas que je te conduise pour ton premier jour dans ton nouveau lycée?
___- Sûre.
___Sur ces mots, je me levai et partis jusqu'à la station de bus. J'avais presque oublié que je changeais de lycée. Tout ça parce que l'autre avait dû fermer pour cause de trop peu de fréquentation. Celui où j'allais était un des rares qui contenait plus de 1000 élèves. Je n'étais jamais allée dans un aussi grand lycée avant. Mais j'avais entendu dire que les jeunes là-bas étaient plus corrects que dans mon ancien lycée. J'avais reçu l'horaire par courrier. Ils avaient déjà fait les classes, les horaires et tout ça. Ca permettait aux élèves de commencer les cours tout de suite. Je n'eus pas le temps de réfléchir plus longtemps, déjà le bus arrivait. Les portes s'ouvrirent et je montai. C'était le bus scolaire. Il n'y avait donc que des jeunes de mon nouveau lycée. Ceux de mon ancien avaient arrêté l'école, ils me l'avaient dit. Ils n'étaient que 12 dans mon ancien établissement.
___Les portes se fermèrent derrière moi. Je saluai le conducteur qui me montra du doigt une affiche placardée au-dessus du rétroviseur : "Ne pas parler au conducteur. Merci". J'aurais aimé dire un "excusez-moi" mais l'affiche m'en empêchait. Je me retournai et avançai à pas lents dans l'allée du bus. Certains ne se préoccupaient pas de moi, d'autres se retournaient. Je vis une banquette libre à l'arrière et y prit place.
___- Pssst, la nouvelle. Tu ferais mieux de te bouger de là, me chuchota le garçon qui venait de se retourner vers moi.
___- Pourquoi? demandai-je.
___Mais déjà le bus s'arrêtait et deux filles habillées de couleurs flash entrèrent dans le bus. Elles s'avancèrent d'un pas décidé et s'arrêtèrent devant ma banquette. Elles me regardèrent de haut.
___- Bouge-toi de là, me dit l'une des deux, sa voix était criarde mais je ne sais pas pas pourquoi, cela ne m'étonna pas.
___- Ouais, rajouta l'autre. Et vite.
___Je n'étais pas du genre à me laisser faire mais je ne voulais pas me griller le premier jour. Je me levai donc et leur laissai la place. Je me tournai ensuite mais ne vis aucune banquette libre pour m'y asseoir. Je promenai mon regard sur les jeunes de mon âge assis dans le bus. Je remarquai que le garçon de tout à l'heure me fixai. Lorsqu'il vit que je l'avais repéré, il tapota le siège à côté de lui pour m'inviter à m'y asseoir. Je m'avançai près de lui et m'assis. Il était plutôt beau garçon, style regard gris perçant et cheveux blond presque blanc, mais je m'en fichais. Ca ne m'intéressait pas qu'il soit beau ou affreux.
___- Comment tu t'appelles?
___- Maaïa et toi?
___- Jess. C'est joli comme prénom Maaïa.
___- C'est mon père qui a choisi.
___- Tu viens d'où? me demanda-t-il.
___- Marysville. Et toi?
___- Manhattan. C'est calme Marysville, non?
___- Ouais! Tu l'as dit. D'ailleurs ces temps-ci, j'aurais même tendance à dire que c'est trop calme. Enfin, pas quand je suis chez moi, à ce moment-là, c'est pas assez calme.
___- Pourquoi?
Je soupirai puis répondis en levant les yeux au ciel :
___- Ma mère. Et Manhattan, c'est comment?
___- Dangereux, noir, sombre, agité, répondit-il calmement.
___Nous continuions à parler, alors que le bus s'arrêtait et redémarrait. C'est ainsi que j'appris qu'il avait aussi perdu une personne de sa famille le 11 septembre 2001. Sa mère. Mais contrairement à ma mère, son père s'était remarié deux ans après avec une dame très gentille et très attentionnée qui venait des bas quartiers. Cela faisait maintenant trois ans qu'il venait dans ce lycée. Il me promit par la même occasion de tout me faire visiter. Je fus contente d'apprendre que lui aussi connaissait la signification du J&S. Comme moi, il aimait bien leurs idées mais pas leur manière de faire.
___Nous arrivâmes enfin devant l'établissement. C'était une belle journée d'été, le soleil était très jaune, les arbres très verts, les briques du lycée très blanches et le toit très orange. Toutes les couleurs donnaient l'impression d'être plus fortes. Un léger vent assez chaud soufflait doucement et faisait se balancer les branches des arbres. Tous les élèves se pressaient devant et autour de l'école. Je restais ébahie devant ce spectacle. Je crois que je n'aurais pas bougé si Jess ne m'avait pas attrapée par le poignet pour me montrer où se trouvait mon casier. Je fus étonnée de voir combien de jeunes se pressaient aussi dans les couloirs.
___Arrivés à mon casier, nous nous rendîmes compte que deux casier seulement nous séparaient. Il me fit ensuite visiter tous les autres recoins du lycée. Nous n'eûmes pas le temps de bavarder que la sonnerie de faisait entendre. Nous commencions tous les deux par math. En fait, nous avions les mêmes cours à toutes les heures. J'étais contente, finalement, tout n'allait pas si mal...
Voici la suite, n'oubliez pas que je ne demande qu' 1 seul commentaire par article et par personne, ce n'est pas beaucoup demander alors mettez-le svp. =D